Bunker
L’assassinat fait oublier tous les malheurs
C’est comme un long traitement
A l’amour du sang et au culte de la souffrance
Sans scrupule
Il suffit d’avoir le temps de jalonner
Sa vie de meurtres délicats et
D’en tomber amoureux
On raconte qu’un jour
Qu’il chassait le gros gibier
Il accomplit
Son crime en chantant
Avec une volonté ardente
C’était un groupe de chiens
et d’autres qui perdirent
La vie en laissant derrière eux
Une mélodie qui flotta
Longtemps dans l’air pur
Il a beaucoup d’affection
Pour les chiens
Il leur prépare du lait
Des biscuits et de la viande
Puis il dessine autour d’eux
Un cercle sur le sol
Il dit alors : « Ce n’est pas humain
Mais c’est comme ça ! »
Ensuite il tire sur tous ceux
Qui en sortent
Il prend des pilules
Pour pleurer
Entrer en désespoir et
Plonger dans la nuit du mal
Dont il ignore tout
Tuer lui donne tant de joie bien
Et beauté
Les échantillons de viande
Qu’il prélève sur ses victimes
Lui fournit une jouissance inouïe
Il le fait toujours sur des vivants
Il note
Le temps d’écoulement du sang
L’intensité du cri
La couleur de
L’urine et la densité de la merde qui coulent d’abondance
Sous le supplicié
En marge de ses crimes
Sa vie est une suite de rencontres
Inattendues
Il y a les chiens
Et il y a les oiseaux
Qu’il enferme dans des cages
Sans eau et sans nourriture
Pour les regarder mourir
En se goinfrant
De vers bien juteux
Les chiens les oiseaux
Et les fantômes
© Cauda, texte extrait de Bunker N°4, éditions Jacques Flament
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© Darrot, images extraites de Le règne analogue (exposition à la Maison Rouge, Paris)





