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jacques cauda
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5 janvier 2008

La baie de Somme

baie Après le pont qui enjambe le chenal de la Somme, on prend un chemin d’herbes qui surplombe l’estran. Une sorte d’entre-deux entre la campagne et la mer, entre le flux et le reflux, entre les sables et les eaux, entre l’espace et le temps où l’œil sans plus d’appui, se perd avec le regard, se noie, s’évanouit et revient à lui dans un paysage toujours en mouvement. L’eau est le sable et le vent oiseau qui tournent, volent, glissent et s’emportent au-dessus des ridins. Est-ce un étourdissement (qui sait ?) sans fin, sans cesse et vite sans issue quand le chemin à son tour disparaît dans les sables et vient glisser sous les pieds : c’est la vase ! Une vase qui a pour nom de quoi coucher dehors (ou dedans, qui sait ?) : la slikke ! ça sonne et ça vous démonte en mouvement comme un horloger éventrerait un réveil, ne serait-ce que le temps d’un cauchemar, d’un cri en plein sommeil désarticulant l’espace de la nuit : la slikke ! Et ça se danse au bout d’une ficelle, ça se valse à mille mots, valse folle, danse du feu, de l’air, de l’eau et de la terre où l’on ne parle que le banthos, langue d’une lande inconnue : Schorres ? Spartines ? Puccinellies ? Arroches ? Puis on chante verrouilles et limicoles à tue-tête et ainsi fond fond fond les petites salicornes et on se surprend à vermiller avec tous les limicoles ! Tous ! Mais ça n’est pas le plus surprenant : on vermille, certes, mais dans la plus grande des quiétudes, on baigne dans une sorte de paix et d’ intranquillité suave, on goûte au bonheur du fol, au délice du vide qui s’entiche du plein , on devient de nulle part qui rentre à pas d’heure et on est de partout tout en n’y étant pas, ici ou là comme ailleurs, et peut-être bien à l’origine du monde, telle qu’on l’imagine (qui sait ?) entre l’espace du temps à perdre et le temps de l’espace à retrouver. © Jacques Cauda. 2007 Texte publié sur http://revue.hauteurs.free.fr/letre/
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