maria clark

On m’a souvent demandé pourquoi j’aimais poser, je réponds que c’est pour passer de l’autre côté puis revenir. Combien de fois me suis-je imaginée de l’autre côté, là où tout est or dans le noir et d’où l’on revient pleine de lumière ? Ma lumière ! Me voici dans l’atelier pleine du désir qui m’a remué tout au long du chemin. Je m’assieds. Je vois. Je vois l’ombre dans ses yeux. L’or de l’ombre. Je jouis dans ma tête en voyant son visage creusé par la concentration et ma lumière inonder sa lumière. Je suis comme attachée à l’objectif, il commence toujours par des photos avant la peinture, j’imagine un foulard entre mes dents. Parce que je veux mordre. Mordre d’amour. Morde comme on voudrait mordre. Il m’écarte les cuisses. Il parle et quand il parle ses mots rentrent...

J’ai l’impression de dormir au soleil. D’ailleurs, je m’endors. Je rêve que je chie de l’or sur la pellicule ! Sur la toile, au réveil.  Il me retourne. Je jouis presque de jouir. Je pousse un petit cri. Un cri du regard pris dans l’avidité. J’aurais voulu que la vie s’arrête là mais la vie continue et on la voit partir. Avec nous par la main. C’est comme ça la vie. Ça passe. Heureux que la peinture l’arrête. L’amplifie. Fait l’Instant avec I grand comme un grand I. Dressé comme lui qui regarde ma fente qui déborde. Ses mots raisonnent. J’abandonne encore un peu de moi. Pour qui ? Je sais pas. Pour les regardeurs ? Je crois pas. Pour lui ? Un peu. Il me fait m’aimer. Il me coupe en morceaux « comme Raphaël quand il a peint La Fornarina », me dit-il, mais bizarrement je me sens davantage pleine, davantage  toute. Il dit : « C’est le désir ! » Oui, je dis avec la tête. Je sais ça mieux que lui. Ça vient de dedans. Du fond. Si tu pouvais le peindre le fond. L’intérieur. Là. Là où ça a été. Là quand ça a été. Oui. Ça. C’est ça.

Jacques Cauda