Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
jacques cauda
Publicité
jacques cauda
Derniers commentaires
Newsletter
23 septembre 2020

FÊTE LA MORT, Éditions Sans Crispation, 14 euros,

F

FÊTE LA MORT, Éditions Sans Crispation, 14 euros, disponible en librairie ou sur le site de l'éditeur : http://crispation-editions.fr/commandes/fete-la-mort/
Extrait lu à la librairie Le Merle Moqueur, le 16 septembre:
"J’ai un temps habité la campagne. Une maison isolée au milieu des champs. Des herbes et des animaux qui puent. J’étais là pour brouiller les pistes et je m’emmerdais même la nuit. Dans le noir fluent des cris des bêtes qui me consumaient peu à peu. Un jour, je me suis ordonné de sortir, d’aller en ville montrer ma face aux indigènes, peuple d’épouvante. De leur découvrir mes yeux trop longtemps embusqués. Il y avait bal ce jour-là, des filles dansaient dans la gloire de leur germination, des filles grasses comme des oies de gavage, rondes avec des seins en terrasse. Des filles de la glèbe, des putains, des œillades. Des filles sans être. Pourtant, j’ai dansé. Avec une folle qui riait et qui sentait le maïs, une railleuse (je dansais comme un parisien), citerne au cul saillant et allumé qui suintait comme un vase sort des mains du potier, un vase d’argile et d’abomination. Je l’ai abandonnée vite au milieu de la danse, plantée là comme une grosse épine dans le vignoble. De loin, c’était une flaque de boue et de honte confondues. Je me suis détourné : ma vie de misère me valait mieux à l’ombre de moi-même, seul. Avant de rentrer, j’ai joué à la tombola. Je ne savais même pas quoi gagner. Des poupées, de la viande, du vin, un canard ? J’ai gagné. J’ai gagné le lot de tête, j’ai gagné un cochon ! Le gars qui m’a aidé à le ramener m’a dit que c’était une truie. Je l’ai appelée mèrepute. Au début, j’avais dans l’idée de lui assouplir les reins, de la faire grincer en démence jusqu’au dernier emportement. De la crever lentement aux confins de la terre. Mais il n’y a pas eu de début, comme si c’était déjà décidé pour moi, tracé telle une ligne en pérennité dans la main du ciel. Mèrepute a grossi, rosi et prospéré. Mieux : elle est devenue le lieu de mes mains fertiles.
La première que j’ai donnée à mèrepute n’avait guère plus de vingt ans. C’était une touriste étrangère, qui hurlait dans une langue que je n’avais jamais avisée. Une langue de détresse. Quelques kilomètres plus loin, dans les hauteurs, il y avait un gîte où dormaient des randonneurs. J’en voyais souvent, perdus, cherchant appui chez moi, l’homme utile, qui, parfois, leur montrait la route. Celle-là était seule, un sac à dos, le ventre nu, il faisait chaud, un foulard noué sur les seins et un short qui privait de force celui qui la regardait. Elle était dans la cour et lorgnait sur mèrepute que j’avais attachée au piquet. De plus en plus vaillante, mèrepute, belle comme un torrent d’os tumultueux et tohu-bohu. Avec la main, je lui fis signe de rentrer, un signe de chérissement, d’aide et de douceur. Un geste d’existant pour un autre existant. Elle m’a entendu, sans une parole, et elle est venue dans la cuisine. Blondeur (elle l’était) et conversation secrète, de moi à moi : je me suis ordonné de combler,vif, une carence. J’ai frappé en toute connaissance de ce qui allait advenir. J’ai frappé plusieurs fois sur le haut du crâne afin de ne pas l’abîmer, de l’avoir en trésor entre mes mains de délices enfin nourries. J’ai défait son short, le cœur gonflé, rempli, et combattant de ce que j’avais. Bientôt les seins et son sexe ouvert à mon œil, elle était nue. Je l’ai traînée dans le garage qui sentait encore les sardines que j’avais grillées la veille. Quand elle s’est réveillée, elle a compris que j’étais un ami de la peur et que ma parole venait d’une langue de désirs et de spasmes. De jouissance et d’oeil à la voir ainsi, nue, ligotée à même la cuisinière où je faisais frire le poisson, ligotée de façon à présenter son sexe à ma passion, les cuisses ballant de chaque côté du fourneau, le haut du ventre et les seins collés aux feux et les mains dans le vide liées au sol, serrées en discipline autour d’un anneau. Il faisait nuit. J’avais attendu le silence, le temps sans œil alentour pour commencer de pouvoir sur la vie et la mort. D’ouvrir à la destruction et à la malice cette chair blonde, ce don de tripes roses et blanches offertes à mon acte. J’avais attendu pour qu’elle fût seule non seulement pour moi, le fauteur, mais aussi seule face à elle, nouée à son cri, sans bâillon, que j’ôtais, seule, loin de toute oreille verrouillée par la nuit. Entrailles, douleurs et convulsions, la victime sans honte, abandonnée, jetait des mots fiévreux, des mots criminels, des mots d’excréments qui m’enflammaient. J’étais nu et noble, dressé à l’éprouver. Mon sexe, ma charpente, en elle, s’ébrouait, gros, lourd de sa démence qu’elle amplifiait de ses hurlements, de ses cris vivants, fleuris, chancelants et martyrs. Le chant d’un ange pris dans le cycle de la chair, du sang et du feu, la fièvre étincelle, que j’allumais. Elle allait cuire, rôtir, frire comme un poisson aliéné à mon jouir. Les seins collés aux feux de la cuisinière, pendant que ma possession devenait plus rude, plus suave, plus haute, ses seins dans la fournaise, l’odeur du gras brûlé, du lard, des kilos de couenne grillant dans la clameur, le cri, le beau, l’or du cri, je changeais d’orifice, de détresse en détresse, bouillonnant et bénissant son cul. Énorme, solaire, un exemple, telle était sa grandeur, un cul couronné, tendu, roc, splendeur, perle, secret, boyau, conduit, j’étais son servant. Un homme-chien au comble ! Au faîte ! Irrité ! Au tumulte ! Je jouis, ivre de grâce, seul entre tous parce que séparé de moi-même, renversé, intense et innocent, je dis : ordonne-toi et frémis !
Au matin, je donnais les restes de ma fiancée à manger. Je les donnais à mèrepute. C’était la première. Mèrepute, ô lieu de mes mains fertiles. Bientôt une multitude."
Publicité
Commentaires
jacques cauda
Publicité
Archives
Publicité
Publicité
Publicité