NOUVEL AN CHINOIS, C'EST L'ANNÉE DU LAPIN 

Quelques images & un texte écrit il y a bien longtemps

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CUNICULUS ERGO SUM

Ou je suis lapin

L’homme n’a plus d’issue. À mesure que s’accroît son emprise sur le monde, à mesure qu’il fait corps avec le monde, l’homme s’aveugle du vouloir être vivant. 

Le vouloir être vivant cherche à faire sortir l’homme de ses gonds.  Afin de le plonger dans le blanc du monde sans autre horizon que le lapin en quête de lui-même.

Comme condition de cette volonté la faculté d’oubli doit s’incliner devant l’homme à la mémoire sans origine et sans fin.

L’homme-lapin est un visum au regard vide. 

Le poète jadis donnait la rose sans « pourquoi » bien qu’agie par le « parce que ». Ni « pourquoi » ni « parce que » maintenant qu’elle fleurit dans le visum et dans l’i-visum sans raison et sans principe, avec pour seul souci (pas même de désir) celui d’être vivant.

L’homme du visum est un produit manufacturé qui répond au jeu de mot de Philippe Muray : « Un mutin de Panurge ». Semblable au semblable, conforme au conforme, il ronge en troupeau son indignation perpétuelle comme son souci d’être vivant, c’est-à-dire être vu dans le visum.

Nihil est sine ratione. Désormais dans le visum, rien n’est plus sans raison,  rien est sans rien,  selon le mot d’ordre du nouveau mutin, l’homo cuniculus.

L’homo cuniculus emprunterait-il le chemin vers l’être de l’étant que sans point de repère sinon sa petite lumière prise dans son propre reflet il ne se reconnaîtrait pas et pas davantage connaîtrait-il l’étant dans la lumière de l’être. 

La cause existante de l’homo cuniculus s’apparente à une indispensation de l’être. 

Nietzsche : «  Les choses les plus profondes haïssent l’image ! » 

L’homo cuniculus retient son image jusqu’à l’oubli qu’il est glaise, fragment, non sens, chaos, déchet. C’est l’effet de mémoire sans origine.

L’homo cuniculus vit au présent perpétuel comme l’animal sans autre passé que la mémoire du vivant auquel il se réfère et dont il ne connaît que ce que le monde lui rapporte. 

Que l’homo cuniculus soit d’une médiocrité sans nom tombe sous le sens, il est également d’une médiocrité sans non, ne suivant  que son oui au monde comme à tous ses avatars.

Depuis le XVIème siècle, l’œil  domine le centre du milieu d’autour du corps que l’homo cuniculus aujourd’hui dénie. Dans la grande galerie des glaces  où il aime à se situer, l’homo cuniculus ignore qu’il se dérobe au visible comme la merde tombe au milieu du trou.

Le pendant de l’homo cuniculus c’est lui-même. Tel est son fait. Et tel serait son choix s’il avait les moyens de choisir, mais il est si misérable qu’il ne sait qu’imiter le choix de ceux qui comme lui ne sont que les pendants d’eux-mêmes. 

Pour paraître toujours heureux, à l’imitation des disciples de Diogène de Sinope qui vivaient comme des chiens, l’homo cuniculus se tient éloigné du mieux qu’il le peut du désir, cette « affirmation désespérée de la vie » comme l’a défini Lacan.

Cuniculus ergo sum.