tréport

Mon premier poème en prose sertie de fautes d’orthographe,1962, j’ai 7 ans. Ce qui me retient davantage c’est l’adresse, rue Carnot, Choisy-le-Roi. C’est là que je vis. Dans un roman de Céline. En duplicata. Courbevoie : Choisy-le-Roi, c’est du pareil au même. Sauf que mon père n’est pas licencié en lettres comme celui de Ferdine. Il est illettré. Prolo. Bas de plafond. Si bas qu’il baigne entier dans la mouise et cause le Bardamu. La langue des pauvres a pas bougé. Fixée dans la gélatine popu. Mais comme danse. Elle monte la java en neige dans le larynx. Les mots grimpent tout droit du rectum, du trou, droit du noir d’entre les orteils. D’autant que ma mère vient de la boutique. Petit commerce où ça chante, piaille Piaf et Fréhel « le bec ouvert, comme un moineau ». On fredonne du passage Choiseul, on orchestre le gosier tagada. Plein jazz. Swing par l’argot, bite dans l’air. Les dames jouent du poster. Les messieurs du braquemard. Connu, c’est leur richesse, les fesses, l’enfilade. Les perles du damné pour pas un rond dans l’O. Corps à corps. Sonnez roucoule. Etc…