J'ai habité le Vème arrondissement de Paris pendant plus de trente ans. Place de la Contrescarpe, rue Saint-Jacques. J'y ai écrit COMILEDIE, dont voici la première page qui dit, à elle seule, tout le Festival Quartier du Livre: 

Paris. J’aperçois depuis ma fenêtre - j’écris  « depuis » puisqu’il s’agit de ma mémoire vivante : j’aperçois donc, le dôme de la chapelle du Val-de-Grâce. Val profond. Notre-Dame-de-la-Crèche. Je sors. Je remonte la rue Saint-Jacques jusqu’au boulevard de Port-Royal. J’entre dans le cloître de l’abbaye. Pari cette fois sur une des « Maternités » qui vient d’être vendue à New York  vingt- cinq millions de dollars. Picasso me fait un clin d’œil. Je regagne mes pas et m’assois devant ma table –où je mange, baise, dors, bref où j’écris. Je relis les cent cinquante premières pages de mon roman : Comilédie. Mon double, qu’il a bien fallu appeler Sosie – la mémoire, une fois encore, suit par dessus mon épaule. J’attends. Que va-t-il me dire ? Que je peins toujours la même salope, comme l’écrivit Léon Bloy à Georges Rouault ? Qu’elle a trois vertèbres de trop, comme le dit de Kératry à Jean-Baptiste Ingres ?... Non, il se tait. Quelque chose de cassé ? Je vérifie : « Un gazouillis zizi sham ze’êr clame benin benin… c’est un petit clystère ». Ce doit être ça, Molière… la coupole du Val-de-Grâce… Un souvenir. Sans aucun doute. J’avance. Pas à pas dans Comilédie. Comilédie ? Ou le Roman de la Rose, Jean de Meung a écrit rue Saint-Jacques. Je continue, Comilédie ou les Mémoires d’Outre-Ventre, Chateaubriand a écrit rue d’Enfer. J’accélère, Comilédie ou Sosie le Fataliste, Diderot, rue des Fossés Saint-Jacques. Je double, Comilédie ou la Postérité dans le boudoir, Sade rue de Condé. Je disparais, Joyce, Verlaine, Watteau, Baudelaire, Dante, Matisse, Bonaventure, Hemingway, Casanova, Faulkner, Pascal, Picasso, Rhys, Freud, Thomas d’Aquin, Paul, Eckart… Paris, Montparnasse, Jardin du Luxembourg, Contrescarpe, Jardin des Plantes, Paris… Paris, Saint-Germain.

Comilédie le 22 mai