Jacques Cauda : traité d’éxécution générale

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Il est des livres qui éructent. Et d’autres qui vont plus loin. Afin que la révulsion soit totale. Mais il y faut du talent voire une maîtrise immense et incomparable afin que l’immonde et l’abjecte fassent sens. Sauf bien sur pour les constipés du logos qui voient dans la littérature qu’un effet d’idées. Pour Cauda la matière du texte n’est pas que cervicale. Elle ne sort pas uniquement de la bouche. An nom de la première des femmes, jaillissent des éclaboussures d’une écriture de quasi performance mais sans d’autres outils que la parole et le corps qui la scande en secousses, saccades. Elle articule des enjambements et des crimes. Chaque texte devient générateur  d’une dévoration orgasmique. Elle rappelle le mariage « contre-nature » de Sade et d’Artaud et selon un « doigté » particulier.

Cauda réforme la forme, détraque en entier le corps qu’il a entre les mains, le tout sans bégayer. L’œuvredevient une histoire de cris fondamentaux sortis du plus profond de l’être. Le souffle est là plus sans pompe lyrique. Celle-ci est d’un autre ordre et aspire les boyaux. La poétique est celle de l’excès, de la saillie. L’auteur y pénètre en occupant. Il n’existe pas d’abri dans cette embuscade de mots débondés. Ils qualifient de liberté ce qui est cendre ou  os. Contre les entarteurs de l’eusses-tu cru Cauda devient cuistot d’un minestrone aux matrones en un sublime désordre rhétorique. La poésie est acte de résistance générale par tout ce qui jaillit du dedans afin de reprendre l’histoire en crachant les poumons face à ceux qui sont fascinés par les poitrines. La poésie électrifie le monde, elle fait sauter les plombs par ce qui jaillit des trous volcaniques.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Cauda, « Les Caliguliennes », photographies d’Elizabeth Prouvost, Les Crocs électriques, 2017

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caligulienne , 4

Photo Elizabeth Prouvost