Jacques Cauda ne peint pas des nus. Jacques Cauda peint des jeunes femmes s’exhibant dans des positions lascives et explicites. Ses modèles se rencontrent dans les magazines spécialisés que l’on trouve aux rayons du haut de tous les bons marchands de journaux ou dans les recoins de kiosques offrant l’anonymat des édicules publics. Timides, fébriles, assurées ou faussement détachées, qu’importent les stratégies de l’acheteur. Les publications érotiques trahissent et leur destinataire et leur destination, comme le font celle de la bourse : ici la libido, là l’argent.

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Ainsi Jacques Cauda expose ce qui se cache habituellement dans les replis des liasses de papier scellées de cellophane. De ces modèles on retrouve la brillance glacée, les couleurs attrayantes, quelquefois criardes. Le peintre habille la crudité des quadrichromies d’une nouvelle nudité faite de pastel et de vernis. Une magie s’opère dans le glissement de l’image industrielle au tableau léché : du multiple naît l’unique. Et ce qui était donné à toutes les bourses se retrouve chaperonné par l’artiste, détourné à des faims devenues de plus en plus personnelles. Dans cette transmutation apparaissent des multitudes de touches de couleurs vives et contrastées qui offrent, à ces gymnases impudiques, un écrin de paillettes évoquant les jeux de lumière des music-halls. Ces charmantes icônes se présentent dans un format proche de celui des cartes postales et des invitations aux premières communions.

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Tenant de l’image licencieuse jadis vendue sous le manteau, les petites silhouettes peuvent avantageusement être exposées au chevet du lit, comme l’étaient les Vanités au XVIIè siècle, ou être pieusement conservées entre les pages d’un livre. Mais on aura toujours garde de ne pas trop s’exposer trop longtemps à l’attraction de leur regard. Jamais neutre, il exprime tantôt la douceur maternelle, tantôt l’invitation impérieuse. Fardée d’une douce ironie et empreinte de dérision, la peinture de Jacques Cauda laisse à l’évidence affleurer le mystère ineffable de la Femme, cette fable de la féminité.
Pascal Corseaux.